TOURISME SEXUEL

Abussex HALTE AU TOURISME

SEXUEL!

Ce qui choquait hier est quasiment devenu la norme.

Extrait. Sylvie Véran Le Nouvel Observateur

Sénégal : pour une poignée d’euros

Le phénomène du tourisme sexuel n’est devenu criant qu’il y a trois ou quatre ans au Sénégal. En dehors de Dakar, la capitale, et de Saint-Louis, au nord du pays, ce sont surtout les villages de la Petite Côte qui sont touchés. Popenguine, La Somone, Mbour, et en particulier Saly Portudal, où se succèdent hôtels de grande capacité et lotissements de centaines de cottages, vendus 75000 euros clés en main. La plupart des grandes villes proches des centres touristiques est maintenant touchée, Ziguinchor proche du Cap Skirring en est l’exemple. Pourquoi ce soudain attrait des amateurs de plaisirs tarifés pour une destination que les voyagistes vendent depuis plus de vingt ans?

Comme partout où se développe cette forme de tourisme, la pauvreté est la première coupable.

Selon le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), le Sénégal vient au 155e rang des 174 pays de faible développement humain, avec un produit national brut par habitant de 510 dollars. Plus d’un quart de la population, constituée aux deux tiers de moins de 18 ans, vit avec 1 dollar par jour. 400 000 enfants souffrent d’extrême précarité. 62% seulement sont scolarisés en primaire; en secondaire, il ne reste plus que 20% des garçons et 12% des filles.

Une succession de vagues de sécheresse a entraîné un fort exode rural vers la capitale et les grandes villes, où le chômage atteint 25% des hommes et 41% des jeunes.

Ajoutez la dévaluation du franc CFA, en 1994; la hausse constante des denrées de première nécessité; la réticence du secteur touristique à reconnaître à temps l’ampleur du fléau, de peur de voir salie l’image du pays et de perdre une partie des 300 000 touristes, dont le nombre déjà régresse; enfin le fantasme d’une sexualité africaine plus libre: tous les éléments sont réunis pour que le tourisme sexuel et la prostitution explosent. A cela s’ajoute le miroir aux alouettes du riche blanc qui cherche un ou une compagne, et le piège se referme sur ces jeunes sans avenir.

A priori, les pédophiles au sens strict du terme ne sont pas légion. Le Sénégal, qui a signé toutes les conventions internationales de protection des enfants et a récemment fixé à 18 ans l’âge de la majorité sexuelle pour mettre fin aux mariages précoces, leur livre une lutte sans merci. Plusieurs étrangers, dont des Français coupables d’agression sexuelle sur mineur, dorment dans les prisons de l’Etat. Ce qui pose problème c’est l’industrie de la prostitution, officielle ou officieuse, des femmes africaines. Leur exploitation, pour répondre aux besoins des touristes européens et africains, les conduisent tout droit à l’asservissement et aux brutalités.

Les femmes «mbaraan kat» (frivoles) n’ont cure du Sida. Elles ne se préoccupent pas de la publicité tapageuse sur sa prévention ni contre les Maladies Sexuellement Transmissibles (MST). Préserver la virginité jusqu’au jour du mariage n’est plus leur souci, parce qu’elles entretiennent des relations intimes avec tout postulant qui peut aider à régler quelques problèmes d’ordre financier, matériel ou même «passager». Bien souvent elles n’ont pas d’autres choix et deviennent des proies faciles pour les touristes occidentaux. Dans les boîtes de nuit, les cafés, cinémas et même dans la rue, ce sont des jeunes adolescentes que l’on voit en compagnie d’hommes mûrs, dont certains ont l’âge de leur père. Le jour, elles font le tour des bureaux des administrations des entreprises pour empocher quelques billets leur permettant de s’acheter des habits ou plus généralement de menues choses.

C’est la demande des clients potentiels qui justifie ce triste état de fait.

Par ailleurs, l’espoir de se voir « épousée » par le toubab sans scrupule, qui entraîne nombre de jeunes filles à céder aux avances intéressées mais sans lendemain, de celui-ci, reste lourd de conséquence dans le microcosme de la population ou de la famille au sens local. Le comportement des femmes et des hommes occidentaux, de toute façon par ailleurs déjà mariés et chargé de famille, touristes ou résidents, s’exibant loin de leur milieu familial, est de ce point de vue tout autant condamnable.

En mai dernier, l’acquéreur français d’un cottage a été dénoncé par deux filles de 23 ans qu’il avait filmées nues chez lui moyennant 22 euros. Ce banquier d’une quarantaine d’années a commis l’erreur de ne verser qu’une partie de la somme. Il est aujourd’hui détenu à Thiès dans l’attente d’un jugement. Il encourt jusqu’à dix ans de prison. «Si les demoiselles avaient reçu la somme promise, il est probable qu’elles n’auraient pas porté plainte» se désole le gendarme. L’appât du gain va de pair avec l’oisiveté due au manque d’emplois. Des garçons et des filles sillonnent les plages, les bars, et lieux touristiques pour obtenir de l’argent en faisant croire au village qu’ils travaillent dans un hôtel. Les parents ne posent pas de questions, car le ou la toubab, à peu de frais, entretient toute la famille.

Dans la mesure de ses moyens, le gouvernement sénégalais fait pourtant de réels efforts pour lutter contre l’exploitation sexuelle des jeunes. Mais les abus sont trop rarement dénoncés lorsqu’ils sont commis par des membres de la famille, des proches ou les employeurs de «petites bonnes». Pour échapper aux viols et aux coups, celles-ci se retrouvent souvent à la rue. Beaucoup échouent dans les quartiers peu fréquentables, où se regroupent les enfants délaissés. Ici la passe se négocie à 2 euros. Les clients sont aussi bien occidentaux que sénégalais.

Il est inadmissible que des occidentaux utilisent leurs moyens financiers pour profiter de la pauvreté.

C’est aux consciences individuelles et au simple respect humain qu’il faut en appeler.

C’est cela, se battre pour la dignité humaine !

Halte au tourisme sexuel...

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Date de dernière mise à jour : 19/12/2016

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